26/12/2021
La Seconde Guerre mondiale fut une période sombre de l'histoire, marquée par des persécutions et des internements massifs. En France, bien avant l'occupation allemande, les populations tsiganes furent ciblées par des mesures restrictives, culminant avec leur internement dans des camps spécifiques. Ces lieux de détention, souvent improvisés, devinrent le théâtre d'une vie de précarité et d'oubli. Parmi eux, le camp de Châteaubriant, tristement célèbre, joua un rôle central dans cette politique d'exclusion et de sédentarisation forcée.

- La Genèse des Internements en France: Une Politique Antérieure à l'Occupation
- L'Ordonnance Allemande et la Structuration des Camps
- Châteaubriant: Le Camp de Choisel en Détail
- Les Conditions Générales de Vie dans les Camps d'Internement
- La Spécificité des Internements en France: Pas de Déportation de Masse des Tsiganes
- Le Porrajmos: Le Génocide Tsigane en Europe
- La Mémoire Oubliée
- Tableaux Récapitulatifs
- Questions Fréquentes sur les Camps d'Internement des Tsiganes
- Qu'est-ce que le camp de Châteaubriant ?
- Combien de personnes le camp de Châteaubriant pouvait-il héberger ?
- Pourquoi les Tsiganes étaient-ils internés en France ?
- Les Tsiganes français ont-ils été déportés à Auschwitz ?
- Qu'est-ce que le "carnet anthropométrique" ?
- Quelle était la situation des enfants dans les camps ?
- Comment les Tsiganes ont-ils été traités après la Libération ?
La Genèse des Internements en France: Une Politique Antérieure à l'Occupation
Les persécutions contre les Tsiganes en France ne sont pas nées avec l'arrivée des forces d'occupation allemandes. Dès septembre et octobre 1939, soit avant même l'invasion, la circulation des nomades fut interdite dans plusieurs départements. L'Indre-et-Loire alla même jusqu'à expulser ces populations. Le 6 avril 1940, un décret-loi étendra cette interdiction à l'ensemble du territoire métropolitain pour toute la durée de la guerre, sous prétexte de soupçons d'espionnage, une accusation qui rappelait étrangement celle de la Première Guerre mondiale. Le ministère de l'Intérieur chargea alors les préfets d'assigner les nomades à résidence, en dehors des agglomérations mais à proximité d'une brigade de gendarmerie. Cependant, l'invasion allemande ne permit pas une application uniforme de ce décret sur tout le territoire.
L'Ordonnance Allemande et la Structuration des Camps
L'occupant allemand intensifia la répression. Dès juillet 1940, les Tsiganes d'Alsace-Lorraine furent les premières victimes, expulsés vers la zone libre où ils furent progressivement internés dans des camps comme Argelès-sur-Mer, Barcarès et Rivesaltes, avant d'être transférés au camp de Saliers en novembre 1942, spécialement créé par le gouvernement de Vichy pour leur détention. En zone occupée, une ordonnance allemande du 4 octobre 1940 exigea leur internement dans des camps administrés et surveillés par les autorités françaises. Les préfets, sur instruction du ministère de l'Intérieur, demandèrent à la gendarmerie de recenser et regrouper les nomades. La plupart des familles internées avaient déjà été assignées à résidence en avril 1940.
Initialement, ces regroupements se firent dans des lieux très divers: châteaux désaffectés, carrières, ou anciens cinémas. L'ordonnance allemande du 22 novembre 1940, interdisant l'exercice des professions ambulantes dans 21 départements de l'Ouest, permit l'arrestation de nouveaux nomades et forains, que les Allemands assimilaient aux Tsiganes, contrairement aux autorités françaises. Face à l'afflux d'internés, les petits camps improvisés furent remplacés par des structures plus organisées. Fin décembre 1940, environ 1700 nomades et forains étaient internés dans 10 camps. À l'automne 1941, ce chiffre atteignait environ 3200 personnes réparties dans 15 camps, les plus importants étant Jargeau, Poitiers, Moisdon-la-Rivière et Coudrecieux.
En novembre 1941, les Allemands décidèrent de réorganiser l'ensemble des camps d'internement pour « nomades » afin de réduire les coûts et le manque de personnel de surveillance. Les internés furent alors transférés vers des camps à vocation régionale. De nombreux forains furent libérés à cette occasion, tandis que d'autres familles, même libérées, restaient assignées à résidence, ou pire, connaissaient de nouvelles détentions. Il n'était pas rare que des Tsiganes passent par quatre ou cinq camps différents, leur sort dépendant des décisions discrétionnaires des autorités françaises et allemandes, sans politique globale définie.
Le plus grand camp d'internement pour nomades, celui de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), ouvrit le 8 novembre 1941, accueillant jusqu'à 1018 internés au 18 août 1942. Certains Tsiganes ne furent libérés qu'à la fin du mois de mai 1946, bien après la guerre, lorsque le décret de cessation des hostilités abrogea l'assignation à résidence, à laquelle les autorités de la Libération s'étaient pourtant référées pour justifier la prolongation de ces internements.
Entre 1940 et 1946, environ 6500 hommes, femmes et enfants furent internés dans une trentaine de camps français en raison de leur appartenance réelle ou supposée au peuple tsigane. Ces six années furent vécues dans une extrême précarité matérielle et morale, et leur sort suscita une profonde indifférence de la part de la population française et même des œuvres caritatives. Les Tsiganes se virent seulement reconnaître le droit d'être internés en famille, les hommes étant rarement séparés de leurs femmes et enfants. Cette sédentarisation forcée fut même exploitée par les autorités françaises qui tentèrent de les « socialiser » en les obligeant à travailler pour des entreprises françaises et allemandes, en scolarisant les enfants, et en accentuant leur éducation religieuse. Dans les cas les plus extrêmes, des enfants furent séparés de leurs parents et placés à l'Assistance Publique ou dans des institutions religieuses.
Châteaubriant: Le Camp de Choisel en Détail
Le camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Atlantique) devint un site majeur d'internement. Les premiers nomades y arrivèrent le 27 février 1941, transférés du camp de Moisdon-la-Rivière où les conditions de vie étaient devenues insupportables. Le transfert, qui s'acheva le 6 mars, impliqua même la réquisition de chevaux et conducteurs pour acheminer les roulottes.
Le camp de Choisel, aménagé en contre-pente, était un ancien camp de prisonniers de guerre construit par l'armée d'occupation. Un rapport du sous-préfet du 27 février 1941 le décrit précisément :
- Il comprenait 32 grands baraquements en bois recouverts de tôle ondulée.
- 20 de ces baraquements étaient immédiatement utilisables, 9 en voie d'achèvement, et 3 inutilisables.
- Des installations de douches et d'étuvage étaient également présentes.
- Un groupe de bâtiments en maçonnerie à usage de ferme et une grande écurie complétaient l'ensemble.
Afin de faciliter la surveillance et d'éviter les pillages, une séparation en fils de fer barbelés fut aménagée pour délimiter la partie du camp attribuée aux nomades. Les baraquements furent réaffectés :
- Le baraquement 3 fut transformé en pouponnière et salle à manger pour les enfants et les femmes nécessitant une suralimentation.
- Les baraquements 4, 5, 6, 7, 8 et 9 servaient de dortoirs pour les nomades.
- Le baraquement 9 était réservé à la « réception » des nouveaux arrivants pour l'épouillage, la désinfection et la douche avant leur admission dans les dortoirs.
- Le baraquement 10 devint un atelier familial.
- Le 11 était la cuisine et le 12 le réfectoire des nomades.
- Le 13 abritait un magasin de literie, une épicerie, ainsi qu'un atelier de tailleur et de cordonnier.
Les roulottes, bien que transportées, n'étaient plus habitées et étaient parquées hors de vue, près de l'écurie (M. II) utilisée comme réserve de vivres. Leurs propriétaires pouvaient y accéder à certains jours et heures pour l'entretien, mais l'introduction d'objets des roulottes dans les dortoirs était interdite.
La baraque 32, en cours de finition, était destinée aux services administratifs. Hors de l'enceinte principale, le bâtiment M. I servait de corps de garde pour la Gendarmerie et de locaux disciplinaires, tandis que la baraque 1 était l'infirmerie et la baraque 2 les dortoirs des gendarmes.
Le camp de Châteaubriant était un camp mixte. En plus des nomades, il était prévu pour d'autres catégories d'internés. Selon les prévisions des autorités, le camp de Choisel pouvait contenir :
- 500 nomades
- 400 indésirables (incluant des avorteuses, des gens du milieu, des expulsés)
- 800 communistes
Cela représente une capacité totale planifiée de 1700 personnes. Les bâtiments disposaient de plus de 1000 couchettes et paillasses considérées comme acceptables à l'époque.
Cependant, le chef du camp se plaignit en décembre 1941 de la proximité du camp avec les agglomérations et les voies ferrées, facilitant les évasions et les échanges avec l'extérieur. Le sous-préfet reconnaît la difficulté mais justifie l'utilisation du site pré-aménagé par les Allemands. Il déplore également le fait de réunir des catégories d'internés aussi diverses (politiques, indésirables, droit commun, étrangers, Israélites) dans un même centre, en attendant la création de camps spécialisés.

En juillet 1941, avec l'arrivée de la belle saison, les nomades furent renvoyés à Moisdon-la-Rivière, afin de libérer de la place à Châteaubriant pour accueillir un nombre important de communistes. Le camp de Choisel fut finalement libéré de ses autres occupants au 15 mai 1942, date à laquelle les autorités allemandes en reprirent possession, après le transfert des indésirables vers Rouillé, des Juifs étrangers vers Pithiviers, des politiques vers Voves et Aincourt, et des personnes du « marché noir » vers Gaillon.
Les Conditions Générales de Vie dans les Camps d'Internement
Les conditions de vie dans les camps d'internement français étaient généralement déplorables, comme l'illustrent divers témoignages et rapports. Au camp de Moisdon-la-Rivière, par exemple, les familles vivaient entassées dans des roulottes ou des dortoirs insalubres, avec un air vicié et un froid glacial en hiver. Les dortoirs, souvent non plafonnés et trop hauts, étaient impossibles à chauffer. Le réfectoire était un hangar ouvert à tous les vents, rendant sa fonction quasi impossible. L'infirmière décrivait des conditions d'hygiène lamentables, avec des enfants à peine vêtus et des maladies contagieuses se propageant aisément. Les internés manquaient cruellement de literie, de linge, de chauffage et de nourriture adéquate. Les témoignages évoquent des repas consistant souvent en de la soupe, sans viande, et des cas où les internés en venaient à se disputer des trognons de pomme.
À Coudrecieux, un rapport de janvier 1942 décrivait des chambres avec des sols en terre battue, chauffées de manière rudimentaire, parfois par des feux à même le sol, emplissant les pièces de fumée âcre. Les roulottes étaient surpeuplées et insalubres, avec des familles entières vivant dans des espaces exigus. Le manque de vêtements et de chaussures était généralisé. Les installations sanitaires étaient rudimentaires et sales, contribuant à la propagation des maladies. Les internés étaient astreints aux corvées du camp, et tout refus entraînait la suppression du pain. Les jeux d'argent et les trafics étaient interdits, et les permissions de sortie étaient rares, voire inexistantes.
La surveillance, bien que parfois jugée insuffisante par les autorités, était stricte. L'utilisation des armes était permise en cas de légitime défense le jour, et la nuit, il était autorisé de tirer sans avertissement sur toute personne tentant de s'échapper. Des locaux disciplinaires étaient mis en place, et les punitions pouvaient aller jusqu'au cachot au pain sec et à l'eau pour des infractions comme l'évasion ou l'insulte aux gardiens. La vie dans ces camps était une épreuve quotidienne de survie, marquée par la faim, le froid, la maladie et la constante surveillance.
La Spécificité des Internements en France: Pas de Déportation de Masse des Tsiganes
Contrairement à ce qui se passa dans d'autres territoires occupés, les Allemands ne donnèrent jamais l'ordre de déporter massivement les Tsiganes internés en France. Cette particularité s'explique en partie par le fait que les autorités françaises arrêtèrent principalement les « nomades » porteurs du carnet anthropométrique, la pièce d'identité spéciale introduite par la loi de 1912 pour identifier et surveiller les Tsiganes non sédentaires. Ainsi, seuls les Tsiganes clairement identifiés comme tels par cette législation furent internés, et encore, il semble que seuls ceux qui avaient été assignés à résidence furent effectivement ciblés. De plus, les camps d'internement français accueillaient des non-Tsiganes (clochards, forains, personnes cherchant du travail), ce qui aurait compliqué une déportation basée sur des critères raciaux stricts pour les Allemands. N'ayant pas les moyens de recenser eux-mêmes tous les Tsiganes selon leurs propres critères raciaux, les Allemands semblent avoir reporté ce projet, et la victoire des Alliés ne leur laissa pas le temps de le concrétiser.
Cependant, cela ne signifie pas que les Tsiganes de France furent épargnés de la déportation vers les camps nazis. Si la déportation de masse fut évitée, un certain nombre d'hommes furent déportés individuellement vers l'Allemagne, notamment en 1943 depuis le camp de Poitiers, livrés aux Allemands par les autorités françaises pour remplir des quotas de travailleurs forcés. Des familles entières furent également raflées par les Allemands dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (rattachés au commandement militaire de la Belgique) et déportées à Auschwitz via la caserne Dossin à Malines, en Belgique, comme l'atteste le convoi Z de janvier 1944. Sur les 145 Tsiganes français identifiés à Auschwitz, seule une dizaine de rescapés revint à la fin de la guerre.
Le Porrajmos: Le Génocide Tsigane en Europe
Le sort des Tsiganes en France s'inscrit dans un contexte européen de persécutions millénaires, qui atteignirent leur paroxysme avec le Porrajmos, le génocide tsigane perpétré par les Nazis et leurs alliés. Jugés « asociaux irréductibles » et de « race hybride et inférieure », les Tsiganes furent ciblés pour l'extermination. Ces persécutions prirent diverses formes: internement, stérilisation, massacres, déportation et extermination dans les chambres à gaz, notamment à Auschwitz, connu pour être le principal camp d'extermination des Juifs, mais aussi des Tsiganes.
Allemagne
Dès la fin du XIXe siècle, les Tsiganes allemands étaient sous étroite surveillance policière et faisaient l'objet d'une stigmatisation croissante. L'arrivée des Nazis au pouvoir formalisa et intensifia cette politique. Ils unifièrent les législations anti-tsiganes des Länder, assimilèrent les Tsiganes aux « asociaux » (touchant ainsi les sédentaires), et développèrent une définition raciale pour leur « éradication définitive ». Le Centre de recherches en hygiène raciale et biologie des populations, dirigé par le Dr Robert Ritter, fut chargé de recenser et ficher tous les Tsiganes du Reich, établissant une classification raciale précise. En 1944, 30 000 expertises généalogiques et anthropométriques avaient été réalisées, permettant de ficher la quasi-totalité des Tsiganes du Reich. Les mariages mixtes furent interdits, les enfants exclus de l'école, les adultes de l'armée, et les travailleurs soumis à un impôt spécial.
Les Tsiganes furent internés dans des camps communaux dès 1935 (Cologne). Le « Décret pour la lutte contre le fléau tsigane » de 1936 exigea leur sédentarisation en un lieu déterminé pour faciliter la surveillance. De nombreuses villes créèrent alors des camps. En juillet 1936, les 600 Tsiganes de Berlin furent internés à la périphérie de la ville pendant les Jeux Olympiques. Le décret de 1938 ordonnant leur sédentarisation fut interprété comme signifiant que tous les Tsiganes devaient être logés dans un camp. Ces camps étaient de véritables camps d'internement, entourés de barbelés, gardés, et où le travail forcé était la norme. En tant qu'« asociaux », des milliers de Tsiganes furent également internés dans des camps de concentration comme Buchenwald, Dachau et Sachsenhausen, où ils portaient le triangle noir.
La déportation systématique prit toute son ampleur avec l'« Auschwitz Erlass » signé par Heinrich Himmler le 16 décembre 1942, ordonnant la déportation de tous les Tsiganes du Grand Reich à Auschwitz. Ce décret fut étendu aux Tsiganes d'Autriche, du Nord de la France, de Pologne, du Luxembourg, de Belgique et des Pays-Bas. Entre février 1943 et l'été 1944, environ 23 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz, la majorité étant allemands ou de Bohême-Moravie. Ils furent les seuls à ne pas connaître la sélection sur la rampe et à vivre en famille, mais moururent en masse de faim, de maladies (typhus, Noma) et d'expériences médicales. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, les 2897 personnes restantes du « camp de familles » furent gazées.
Pologne
En Pologne, les persécutions s'intensifièrent après l'invasion de l'URSS en juin 1941. Des Tsiganes furent internés dans des ghettos (Cracovie, Lodz, Lublin, Varsovie) et des camps de travail. Des massacres de grande ampleur furent perpétrés par des fascistes polonais et ukrainiens, avec des exécutions massives, souvent brutales, notamment à Wolyn et dans les Carpates. Environ 13 000 Tsiganes polonais, soit un quart de leur population, périrent sous l'Occupation. En 1943 et 1944, environ 3200 Tsiganes polonais furent envoyés à Auschwitz.
Croatie
Dès avril 1941, le ministre de l'Intérieur Artukovic ordonna l'internement de tous les Tsiganes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine dans des camps de concentration. Plusieurs milliers furent arrêtés et assassinés, notamment dans le camp de Jasenovac, un camp d'extermination où des Tsiganes mourraient de faim, de coups et d'épuisement, souvent gazés dans des camions. Entre le printemps et l'automne 1942, environ 25 000 Tsiganes y furent assassinés, et au total environ 30 000.

Serbie
En Serbie, occupée en avril 1941, les Tsiganes furent soumis au même traitement que les Juifs: immatriculation, brassard jaune, interdiction des transports en commun, travail forcé. Des centaines de Tsiganes servirent d'otages et furent exécutés en représailles aux attaques des partisans. Des Tsiganes furent internés dans des camps de concentration, et certains furent gazés dans des camions équipés en chambre à gaz au camp de Sajmiste en 1942.
Union Soviétique et États Baltes
Dans ces régions, les Tsiganes furent principalement victimes des Einsatzgruppen, ces unités spéciales allemandes chargées d'éliminer toute opposition et tout élément jugé « indésirable » selon les normes nazies. Des milliers d'exécutions de Tsiganes furent commises par ces unités, souvent accusés d'être des partisans, des pilleurs ou des « asociaux ». En Crimée, l'Einsatzgruppe D massacra entre 2000 et 2400 Tsiganes, y compris les 800 habitants du quartier tsigane de Simferopol en décembre 1941, exécutés par balle au bord de tranchées. Dans les États baltes, des massacres systématiques eurent lieu, avec des populations entières exterminées. On estime que 30 000 Tsiganes furent tués en Biélorussie, Russie et Ukraine.
Roumanie
En Roumanie, le régime d'Antonescu déporta environ 25 000 Tsiganes de la région de Bucarest vers la Transdniestrie, territoires ukrainiens occupés par la Roumanie, en 1941 et 1942. Le voyage, souvent dans des wagons à bestiaux, fut meurtrier en raison du froid, du manque de couvertures et de nourriture. Les survivants étaient logés dans des huttes et soumis au travail forcé. Sur les 46 000 Tsiganes déportés, environ 9000 périrent.
La Mémoire Oubliée
Après la guerre, rares furent les Tsiganes qui obtinrent une carte d'interné ou de déporté politique. Les démarches administratives étaient insurmontables pour des personnes souvent illettrées et profondément méfiantes envers l'Administration française. Ils ne reçurent aucune indemnisation pour les années passées dans les camps français, ni même de compensation morale, cette réalité n'ayant laissé que peu de traces dans la mémoire collective. Ce n'est que depuis quelques années que des historiens et militants associatifs ont exhumé ces événements tragiques, permettant l'apposition de plaques commémoratives rappelant l'existence de ces camps d'internement pour nomades en France.
Tableaux Récapitulatifs
Capacités et Types d'Internés dans les Camps Français (Exemples)
| Camp | Localisation | Capacité Estimée / Constatée | Types d'Internés | Période Principale |
|---|---|---|---|---|
| Châteaubriant (Choisel) | Loire-Atlantique | Prévu pour 1700 (500 nomades, 400 indésirables, 800 communistes) | Nomades, Indésirables, Communistes, Juifs, Politiques | Fév 1941 - Mai 1942 (pour nomades) |
| Montreuil-Bellay | Maine-et-Loire | Jusqu'à 1018 internés | Nomades | Nov 1941 - Mai 1946 |
| Moisdon-la-Rivière | Loire-Atlantique | Réputé pour 320, jusqu'à 440 places possibles | Nomades, Forains | Oct 1940 - Mai 1942 |
| Poitiers | Vienne | Plus de 400, jusqu'à 450 | Nomades, Espagnols, Juifs | Déc 1940 - Nov 1944 |
| Jargeau | Loiret | Important (effectif non précisé, mais un des plus grands) | Nomades | 1941 - 1942 |
| Coudrecieux | Sarthe | Jusqu'à 325 internés | Nomades | Nov 1940 - Mars 1942 |
Questions Fréquentes sur les Camps d'Internement des Tsiganes
Qu'est-ce que le camp de Châteaubriant ?
Le camp de Châteaubriant, aussi connu sous le nom de camp de Choisel ou camp "C", était un ancien camp de prisonniers de guerre allemands, situé en Loire-Atlantique. Il fut réquisitionné par les autorités françaises pendant la Seconde Guerre mondiale pour interner diverses catégories de personnes, notamment des nomades (Tsiganes), des "indésirables" et des communistes.
Combien de personnes le camp de Châteaubriant pouvait-il héberger ?
Le camp de Châteaubriant, tel qu'il était prévu par l'administration, pouvait héberger un total de 1700 personnes. Cette capacité était répartie comme suit: 500 nomades, 400 indésirables et 800 communistes. Il disposait de plus de 1000 literies (couchettes et paillasses).
Pourquoi les Tsiganes étaient-ils internés en France ?
Les Tsiganes étaient internés en France en raison d'une politique de contrôle et de sédentarisation qui préexistait à la guerre, mais qui fut intensifiée par les décrets-lois français et les ordonnances allemandes. Ils étaient considérés comme des "nomades" et soupçonnés d'espionnage, puis d'être des "asociaux". Leur mode de vie itinérant était perçu comme une menace à l'ordre public et à la sécurité nationale.
Les Tsiganes français ont-ils été déportés à Auschwitz ?
Contrairement aux Tsiganes d'autres pays d'Europe, il n'y a pas eu de déportation de masse des Tsiganes internés en France vers les camps d'extermination nazis comme Auschwitz. Cette spécificité est due au système d'identification français (le carnet anthropométrique) et à la décision allemande de laisser les autorités françaises gérer leur internement. Cependant, des Tsiganes français furent déportés individuellement, notamment des hommes pour le travail forcé en Allemagne, et des familles entières des départements du Nord et du Pas-de-Calais qui étaient rattachés à la Belgique.
Qu'est-ce que le "carnet anthropométrique" ?
Le "carnet anthropométrique" était une pièce d'identité spéciale imposée aux "nomades" par la loi française du 16 juillet 1912. Il contenait des informations détaillées sur l'identité et le signalement anthropométrique de son porteur. Ce carnet a servi d'outil principal aux autorités françaises pour identifier, surveiller et, plus tard, interner les Tsiganes non sédentaires, les distinguant ainsi des sédentaires qui n'étaient généralement pas inquiétés.
Quelle était la situation des enfants dans les camps ?
Les enfants dans les camps d'internement vivaient dans des conditions de grande précarité, souffrant du froid, de la faim, du manque d'hygiène et de maladies. Des pouponnières furent parfois aménagées, et la scolarisation était obligatoire dans certains camps. Cependant, l'objectif des autorités était souvent de les "socialiser" et de les extraire de leur milieu familial jugé "pernicieux", allant parfois jusqu'à les séparer de leurs parents pour les placer à l'Assistance Publique ou dans des institutions religieuses.
Comment les Tsiganes ont-ils été traités après la Libération ?
Après la Libération, de nombreux Tsiganes restèrent internés jusqu'en 1946. Leur sort fut marqué par une large indifférence. En raison des difficultés administratives et de leur méfiance envers l'administration, très peu obtinrent une reconnaissance officielle de leur internement ou de leur déportation, et n'eurent droit à aucune indemnisation ou compensation morale. Leur souffrance est longtemps restée une réalité oubliée de l'histoire collective française.
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