Qu'est-ce que le jardin des soins ?

Le Jardin Thérapeutique: Un Oasis de Guérison

13/07/2022

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Depuis des millénaires, l'être humain entretient un lien intrinsèque avec la nature, une connexion fondamentale qui influence profondément notre bien-être. Dans un monde où le stress et les affections modernes sont omniprésents, l'idée de puiser dans cette relation ancestrale pour favoriser la guérison et l'équilibre gagne du terrain. C'est dans ce contexte qu'émerge et se développe l'hortithérapie, une approche thérapeutique innovante qui utilise le jardin et l'interaction avec le monde végétal comme outils de soin. Loin d'être une simple tendance, cette pratique s'appuie sur des fondements scientifiques solides, promettant un chemin vers l'apaisement et la régénération.

Comment aménager un jardin thérapeutique ?
En résumé, un jardin thérapeutique doit être aménagé de manière à agir passivement – par la seule vue des plantes – et activement – par l’entretien des végétaux. Plus grand que le jardin de l’Armillaire, le jardin thérapeutique des Mélisses créé en 2015 au CHU de Saint-Etienne à Saint-Priest en Jarey est particulièrement abouti.
Table des matières

Hortithérapie et jardins thérapeutiques: qu'est-ce que c'est exactement ?

L'hortithérapie, ou « horticultural therapy » comme on l'appelle dans son pays d'origine, les États-Unis, est une discipline qui se définit par l'utilisation du jardin et des activités liées aux plantes dans un but thérapeutique. France Criou, médecin reconvertie en paysagiste consultante en conception de jardins thérapeutiques, résume parfaitement cette approche: « Il s’agit d’une thérapie par la relation au jardin et par l’entretien de plantes ». Cette définition englobe un large éventail d'activités, allant de la simple contemplation d'un espace vert à la participation active à l'aménagement et à l'entretien d'un jardin.

Au cœur de l'hortithérapie se trouvent les jardins thérapeutiques, également désignés sous le terme de « jardins de soins ». Ces espaces verts ne sont pas de simples lieux de promenade ; ils sont spécifiquement conçus, en étroite collaboration avec les équipes soignantes et sur la base de recherches scientifiques approfondies, pour répondre à des objectifs médicaux précis. Bien qu'ils soient un pilier de l'hortithérapie, leur présence n'est pas toujours indispensable. Comme l'explique Mme Criou, « il est préférable de se trouver dans un jardin, mais on peut tout simplement avoir des bénéfices 'au lit' des patients, de façon passive, la seule vue des plantes leur étant bénéfique ». Cela souligne la dualité de l'action thérapeutique: une action passive par la simple exposition visuelle à la nature, et une action active par l'engagement dans des activités horticoles.

Ces jardins sont des environnements pensés pour stimuler les sens, favoriser la relaxation, encourager l'activité physique douce et renforcer les interactions sociales. Ils sont des lieux où la nature est mise au service de la santé, offrant un cadre propice à la récupération et au développement personnel.

Les effets scientifiquement prouvés de l'hortithérapie

L'efficacité des jardins thérapeutiques et des activités liées aux plantes n'est plus à démontrer. De nombreuses études scientifiques ont mis en lumière leurs actions bénéfiques sur la santé physique et mentale. L'une des recherches les plus emblématiques est celle du chercheur Roger Ulrich, publiée dans la prestigieuse revue Science en 1984. Ses travaux ont révolutionné la perception de l'environnement hospitalier en montrant que la simple vue de végétaux à travers une fenêtre pouvait influencer positivement le rétablissement de patients après une opération chirurgicale. Cette étude pionnière a ouvert la voie à une meilleure compréhension des interactions entre l'environnement naturel et la santé humaine.

Les recherches ultérieures ont consolidé ces découvertes, démontrant comment la nature et les jardins contribuent à :

  • Réduire la tension artérielle : Le contact avec la nature a un effet apaisant sur le système cardiovasculaire.
  • Diminuer la douleur : L'environnement naturel peut servir de distraction positive, modulant la perception de la douleur.
  • Réduire le niveau de stress : Les espaces verts sont des lieux propices à la relaxation et à la diminution des hormones de stress.
  • Améliorer les capacités d'attention et de concentration : La nature favorise une « attention involontaire », permettant de restaurer les capacités cognitives.
  • Stimuler la cognition : L'interaction avec des éléments naturels peut activer diverses fonctions cérébrales.
  • Rééduquer la psychomotricité : Les activités de jardinage sollicitent la coordination et la motricité fine.
  • Stimuler l'imagination et la créativité : L'environnement naturel offre une source inépuisable d'inspiration.
  • Renforcer l'estime de soi et la sociabilité : Réussir à faire pousser une plante ou partager un espace de jardinage peut avoir un impact positif sur la confiance en soi et les interactions sociales.

France Criou souligne que ces bienfaits contribuent également à « développer l’histoire intérieure de la vie en positionnant et en équilibrant l'être dans ses rapports fondamentaux au monde ». C'est une approche holistique qui touche à l'essence même de l'individu.

En 2018, Roger Ulrich a étendu ses recherches au personnel hospitalier, comparant l'impact d'une pause dans un jardin ou dans une salle de repos sur le burn-out des infirmières en soins intensifs. Les résultats ont été éloquents: la pause au jardin s'est avérée la plus bénéfique. Cela met en lumière l'importance d'intégrer des espaces verts non seulement pour les patients, mais aussi pour les soignants et les visiteurs, créant ainsi un environnement hospitalier plus sain et plus résilient.

Comment l'hortithérapie opère-t-elle sa magie ?

Le fonctionnement de l'hortithérapie repose sur des mécanismes profondément ancrés dans notre biologie et notre histoire évolutive. France Criou explique que « pendant des milliers d’années, l’humain a vécu au contact de la nature, ce qui fait que nos organismes ont besoin d’elle pour fonctionner de manière optimale ». Cette connexion primordiale avec la nature, souvent appelée biofilie, est un besoin inné qui, lorsqu'il est satisfait, permet une meilleure régulation des émotions et une restauration plus efficace des capacités cognitives, surtout en période de stress ou de fatigue.

L'exposition à la nature, même passive, agit comme un baume sur notre système nerveux. Regarder un arbre par la fenêtre, s'occuper d'une plante verte, ou simplement se trouver dans un environnement végétalisé, permet de prendre une « dose de nature ». Cette interaction, aussi minime soit-elle, prépare notre esprit à mieux réagir aux stimuli plus complexes de notre environnement quotidien, y compris dans nos relations interpersonnelles.

Même pour les personnes souffrant de pathologies psychiques lourdes, qui peuvent avoir des difficultés à sortir ou à communiquer, des solutions adaptées existent. La médecin-paysagiste conseille des approches comme « placer des posters de nature dans les chambres, proposer un catalogue avec des photos de nature, conduire un entretien dans un bureau végétalisé ». Ces adaptations montrent la flexibilité de l'hortithérapie et sa capacité à s'adapter aux besoins spécifiques de chaque individu, garantissant que les bienfaits de la nature soient accessibles à tous, même dans les situations les plus contraignantes.

Aménager un jardin thérapeutique: Principes et exemples concrets

La conception d'un jardin thérapeutique est un art qui allie savoir-faire paysager et compréhension des besoins thérapeutiques. France Criou a elle-même participé à la création de plusieurs de ces espaces, notamment au CHU Pasteur 2 à Nice et au CHU de Saint-Étienne. Ces expériences ont permis de dégager des principes fondamentaux pour l'aménagement de jardins véritablement efficaces.

Des espaces "vivants" et stimulants

L'un des principes essentiels est de créer des espaces « vivants », c'est-à-dire riches en biodiversité. L'objectif est de stimuler l'élan vital des malades en leur offrant un environnement dynamique et évolutif. Au jardin de l'Armillaire à Nice, initialement un simple cloître mal entretenu, la transformation a impliqué l'introduction de nombreuses plantes méditerranéennes. Ces espèces, adaptées au climat local et nécessitant peu d'entretien, ont permis de recréer un écosystème riche et diversifié, invitant à l'observation et à l'interaction.

Un jardin thérapeutique doit solliciter tous les sens :

  • La vue : Couleurs variées, textures différentes, mouvements des feuilles au vent.
  • L'ouïe : Bruit du vent dans les arbres, chant des oiseaux, murmure de l'eau.
  • L'odorat : Parfum des fleurs et des herbes aromatiques.
  • Le toucher : Textures des feuilles, écorces, eau.
  • Le goût : Possibilité de cultiver des herbes aromatiques ou des petits fruits comestibles.

Intégration des activités d'hortithérapie

Le deuxième principe crucial est de prévoir des zones dédiées aux activités d'hortithérapie. Il ne s'agit pas seulement de contempler, mais aussi d'agir. France Criou insiste sur la nécessité de s'adapter aux équipes soignantes qui animeront ces ateliers. Des espaces comme des « jardins partagés » où les patients peuvent prendre soin des plantes sont essentiels. Ces activités, qu'il s'agisse de planter, d'arroser, de désherber ou de récolter, offrent une opportunité d'engagement physique et mental, favorisant la rééducation psychomotrice et le renforcement de l'estime de soi.

En résumé, un jardin thérapeutique est conçu pour agir de manière duale :

Action PassiveAction Active
Simple vue des plantesEntretien des végétaux (plantations, arrosage)
Contemplation et relaxationParticipation à des ateliers de jardinage
Diminution du stress par l'observationStimulation physique et cognitive
Apaisement émotionnelDéveloppement de la psychomotricité et de la sociabilité
Amélioration de l'humeurRenforcement de l'estime de soi par l'accomplissement

Exemples de réussite: L'Armillaire et les Mélisses

Le jardin de l'Armillaire, né en 2013 au CHU Pasteur 2 de Nice, est un exemple de transformation réussie. D'un espace initialement inadapté, il est devenu un lieu de ressourcement pour les patients du service de psychiatrie. Plus ambitieux encore, le jardin thérapeutique des Mélisses, créé en 2015 au CHU de Saint-Étienne, est un modèle particulièrement abouti. Avec la participation d'une vingtaine de personnes à sa conception, ce jardin accueille deux ateliers d'hortithérapie chaque semaine, impliquant des patients de cinq unités de psychiatrie différentes.

Ces projets, bien que représentant un défi organisationnel pour les équipes hospitalières déjà très sollicitées, démontrent l'impact positif de l'hortithérapie sur la santé mentale des patients. Au jardin des Mélisses, les effets sont même évalués dans le cadre d'un projet de recherche incluant 180 malades, soulignant l'engagement à valider scientifiquement les bienfaits de ces approches.

La naissance d'une fédération et l'avenir de l'hortithérapie en France

Le développement de l'hortithérapie et des jardins thérapeutiques en France a franchi une étape importante en 2018 avec la création de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé (FFJNS). Cette initiative marque une reconnaissance croissante de la discipline et un désir de structurer les acteurs œuvrant dans ce domaine. Cependant, malgré ces avancées, la France accuse encore un retard par rapport à d'autres pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Suède, l'Allemagne et l'Autriche, où des formations professionnelles reconnues existent déjà.

Les défenseurs de l'hortithérapie en France doivent continuer à plaider leur cause, malgré des arguments déjà très solides. Les bienfaits de cette pratique ne se limitent pas au traitement des maladies psychiques. Ils s'étendent à la prévention de nombreuses affections, notamment :

  • Les pathologies cardiovasculaires
  • L'obésité
  • Les pathologies de la sphère ORL
  • Les migraines
  • La fatigue chronique
  • Et bien d'autres

Le contact avec la nature est également particulièrement précieux pour les personnes traversant des périodes de vie difficiles, confrontées à un handicap ou à une maladie chronique. L'hortithérapie offre un cadre propice à la résilience, à l'adaptation et à l'amélioration de la qualité de vie, quel que soit le contexte. C'est une approche prometteuse qui mérite une reconnaissance et un développement accrus sur le territoire français, pour le bien-être de tous.

Foire aux Questions (FAQ) sur les jardins thérapeutiques

Q1: L'hortithérapie est-elle réservée aux personnes atteintes de maladies graves ?

Non, absolument pas. Bien que l'hortithérapie soit très efficace pour accompagner des personnes souffrant de diverses pathologies, ses bienfaits s'étendent à toute personne cherchant à améliorer son bien-être général, réduire son stress, stimuler sa cognition ou simplement retrouver une connexion avec la nature. Elle peut être bénéfique pour des personnes en période de fatigue, de deuil, de réorientation professionnelle, ou même pour les personnes âgées cherchant à maintenir une activité physique et sociale.

Q2: Faut-il avoir un grand jardin pour pratiquer l'hortithérapie ?

Pas nécessairement. Comme l'explique France Criou, même la simple vue de plantes depuis une fenêtre ou l'entretien d'une plante en pot peut apporter des bénéfices passifs. L'hortithérapie peut être adaptée à des espaces très variés: balcons, terrasses, jardins partagés en ville, serres intérieures, ou même des installations mobiles. L'important est l'interaction, quelle que soit l'échelle de l'espace végétal.

Q3: Quels types de plantes sont recommandés pour un jardin thérapeutique ?

Les plantes choisies pour un jardin thérapeutique doivent être adaptées au climat local et nécessiter un entretien réaliste par rapport aux capacités des participants. Il est souvent recommandé d'inclure une diversité de plantes qui stimulent les sens: plantes aromatiques (menthe, romarin, lavande) pour l'odorat, plantes aux textures variées (feuilles duveteuses, écorces rugueuses) pour le toucher, fleurs aux couleurs vives pour la vue, et des plantes qui attirent les oiseaux ou les insectes pollinisateurs pour l'ouïe. Les plantes comestibles (légumes, petits fruits) sont également très appréciées pour leur aspect gratifiant et la possibilité de récolte.

Q4: Qui peut concevoir un jardin thérapeutique ?

La conception d'un jardin thérapeutique idéalement implique une collaboration entre des paysagistes spécialisés (comme France Criou), des équipes soignantes et des ergothérapeutes ou psychomotriciens. Cette approche multidisciplinaire garantit que le jardin répondra à la fois aux critères esthétiques et écologiques, mais surtout aux objectifs thérapeutiques spécifiques des futurs utilisateurs.

Q5: L'hortithérapie est-elle prise en charge par la sécurité sociale en France ?

Actuellement, l'hortithérapie n'est pas une pratique officiellement reconnue comme soin et n'est donc pas systématiquement prise en charge par la sécurité sociale en France. Cependant, certains établissements de santé ou associations peuvent proposer des ateliers ou des programmes d'hortithérapie dans le cadre de leurs activités de soins ou de bien-être, qui peuvent être financés par d'autres biais (subventions, mécénat, fonds propres de l'établissement). La Fédération Française Jardins, Nature et Santé œuvre justement pour une meilleure reconnaissance professionnelle et institutionnelle de la discipline.

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